De nombreuses personnes contribuent au travail du Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes, notamment les membres de notre conseil d’administration. Dans cette série, nous vous présentons les personnes qui contribuent à orienter notre action et nous partageons, dans leurs propres mots, les expériences et les points de vue qu’elles apportent au Centre.

Chantel Butterfield s’est jointe au conseil d’administration du Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes en 2025. Survivante, militante et championne des soins tenant compte des traumatismes, elle apporte à son travail à la fois son expérience personnelle et son expertise professionnelle. Son engagement à soutenir les survivant·e·s et à promouvoir un changement systémique a façonné une carrière consacrée à la lutte contre l’exploitation et la violence fondée sur le genre.


Comment votre parcours personnel ou professionnel vous a-t-il amenée à ce travail ?

Mon parcours vers ce travail m’a appris que l’expérience vécue, l’expertise professionnelle et le leadership ne doivent pas nécessairement être dissociés. Au fil des années, j’ai eu le privilège de travailler aux côtés de survivant·e·s, de travailleurs·euses de première ligne, de partenaires communautaires et de responsables institutionnels; chaque point de vue a approfondi ma compréhension de la traite des personnes. J’ai pu constater à la fois l’incroyable résilience des survivant·e·s et les lacunes qui permettent à l’exploitation de perdurer. Cela a renforcé ma volonté de veiller à ce que nos interventions soient empreintes de compassion, coordonnées et fondées sur l’expérience vécue, tout en s’attaquant aux conditions qui rendent les personnes vulnérables à l’exploitation.

Quelle est la chose que vous aimeriez que davantage de gens comprennent à propos de la traite des personnes?

J’aimerais que davantage de gens comprennent que la traite des personnes ressemble rarement aux images dramatiques que l’on voit souvent au cinéma. Elle trouve souvent son origine dans les relations, la vulnérabilité, les inégalités, la contrainte et les besoins non satisfaits. Lorsque nous nous concentrons uniquement sur des histoires sensationnelles, nous risquons de ne pas voir les personnes qui se trouvent juste devant nous et de simplifier à l’extrême ce qu’exige réellement la prévention. Mettre fin à la traite des personnes, c’est aborder les questions du logement, de la pauvreté, de la violence fondée sur le genre, du racisme, du colonialisme, du sentiment d’appartenance et de l’accès au soutien.

Nous ne pouvons pas nous contenter d’améliorer notre capacité à identifier la traite des personnes après coup; nous devons créer des communautés où l’exploitation a moins de chances de s’installer.

En quoi le fait d’écouter la voix des survivant·e·s a-t-il influencé ou élargi votre compréhension de la traite des personnes?

Écouter les survivant·e·s me rappelle sans cesse qu’il n’existe pas d’histoire unique de la traite des personnes. Il ne peut y avoir de réponse unique valable pour tous.

Lorsque nous écoutons les survivant·e·s, cela remet en question nos idées reçues sur ce à quoi ressemble l’exploitation, sur ce que signifie la sécurité, et sur ce que devraient impliquer la guérison ou la justice. Les survivant·e·s nous rappellent également que les personnes ne se résument pas à ce qu’elles ont vécu. Elles apportent des connaissances, un leadership, de la créativité et des solutions que les systèmes ne peuvent pas développer à leur place. Pour moi, un engagement significatif des survivant·e·s ne consiste pas simplement à les inviter à partager leurs histoires; il s’agit de veiller à ce que leur expertise de terrain ait une influence réelle sur la recherche, les politiques, les programmes, le plaidoyer et la prise de décision.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir dans la lutte contre la traite des personnes?

Voir le débat évoluer, passant d’une simple sensibilisation à la mise en place de réponses plus solides et mieux coordonnées, me donne espoir.

Je constate que, partout, des acteurs de tous les secteurs posent de meilleures questions, écoutent plus attentivement les survivant·e·s et reconnaissent que la prévention est une responsabilité partagée. Je suis particulièrement optimiste quand les communautés cessent de travailler en silos et commencent à relier l’expérience de terrain, la recherche, les politiques, l’éducation et le plaidoyer.

La traite des personnes est un phénomène complexe, mais cette complexité ne signifie pas que le changement est impossible.

Chaque fois que nous renforçons nos liens, que nous remettons en cause des conditions néfastes ou que nous créons un espace permettant aux survivant·e·s de jouer un rôle moteur, nous construisons quelque chose qui rend l’exploitation plus difficile et favorise la sécurité et le sentiment d’appartenance.

À l’avenir, qu’est-ce qui vous rend le plus enthousiaste concernant l’avenir du Centre ?

Ce qui me rend le plus enthousiaste, c’est le potentiel du Centre à continuer de mettre en relation des voix et des expériences qui restent trop souvent isolées : les survivant·e·s, les organisations de terrain, les chercheur·euses, les communautés, les responsables politiques et les décideur·euses. Le Canada n’a pas besoin de réponses encore plus fragmentées face à la traite des personnes; nous avons besoin d’un apprentissage partagé, de données probantes solides, d’un leadership significatif des survivant·e·s et du courage de traduire nos connaissances en actions concrètes.

Je suis ravie que le Centre soit en mesure de contribuer à combler ces fossés à l’échelle nationale, tout en plaçant les réalités des personnes et des communautés au cœur de son travail. Cette combinaison d’expertise de terrain, de recherche, de plaidoyer et de collaboration présente un immense potentiel pour un changement durable.


Nous remercions Chantel d’avoir partagé son point de vue et de contribuer sans relâche aux travaux du Centre.

Au cours des prochains mois, nous continuerons à vous présenter les personnes qui contribuent à orienter nos travaux. Suivez-nous pour faire la connaissance d’autres membres de notre conseil d’administration.

Vous pouvez également en savoir plus sur les personnes qui orientent nos travaux en consultant notre page consacrée à la direction.